Entre Deux Eaux: un périple de 18 mois autour du globe
Emeline Hassenforder et Benjamin Noury ont entamé leur périple le 17 novembre 2008 sur le fleuve du Danube. Nous les suivons pas à pas dans leur aventure...

Le Danube, fleuve le plus international…
C'est effectivement le fleuve qui traverse le plus grand nombre de pays : 18 au total se partagent le bassin du Danube (voir la carte). Deux sont en constante discussion : le Monténégro et le Kosovo qui en font partie géographiquement mais dont l'appartenance en tant qu'entité à la commission dépendra de leur reconnaissance internationale. Pas besoin d'avoir un accès direct au fleuve pour appartenir au bassin : certains pays sont traversés par ses affluents, comme la République Tchèque, la Bosnie ou la Croatie. Nous avions choisi de commencer par un succès, puisque le Danube est un des meilleurs exemples de coopération transfrontalière autour de l'eau au monde.
Ce que nous avons pu observer sur le Danube…
Le projet que nous avons sélectionné est appelé Danube Regional Project (DRP). Ce projet quinquennal (2002-2007) avait pour principal objectif de réduire la pollution par les nutriments dans le fleuve ainsi que de renforcer les capacités de l'ICPDR. Il a été une grande réussite, puisque le niveau de nutriments a diminué et nombre de bonnes pratiques ont été mises en place. Il faut surtout noter que les 18 pays composant le bassin y ont participé, et mener un projet d'une telle ampleur n'aurait peut-être pas été possible dans un autre domaine que celui de l'environnement, où les acteurs concernés sont généralement d'accord sur un enjeu commun. (www.undp-drp.org )

Au niveau des populations, peu de gens se sentent malheureusement concernés par la propreté ou le partage des eaux. Il est vrai que lorsque les parisiens se baladent sur les bords de Seine, peu d'entre eux se demandent si les eaux usées qu'ils ont rejetées le matin même sont en train de défiler sous leurs yeux. Et pourtant… Le long du Danube, peu de pays sont aux normes européennes concernant le rejet des eaux usées urbaines et industrielles. Ainsi, à Budapest nous pouvons observer le long des rives des énormes bouches d'égouts se jetant directement dans le fleuve. Tandis qu'à quelques centaines de kilomètres en contrebas, nous retrouverons des plages où les gens se baignent (cf. Sous les ponts de Novi Sad…). Comment le savoir, puisque ce qui se passe en amont est en dehors de leurs frontières ? C'est là tout l'intérêt de mettre en place des actions communes, tant au niveau Ministériel qu'au niveau des populations. Depuis 5 ans, l'ICPDR a ainsi créé le « Danube Day » (www.danubeday.org) tous les ans, le 29 juin, des concerts, activités éducatives et expositions ont lieu dans tous les pays du Danube, afin que les populations célèbrent ensemble leur ressource commune.
Il faut dire qu'avant d'en arriver là, les habitants du bassin du Danube en ont vu de belles : scissions (Tchécoslovaquie), guerre (Yougoslavie), régime totalitaire (Ceausescu en Roumanie)… En France, notre génération a tendance à oublier la chance que nous avons de n'avoir pas connu la guerre. Ces personnes que nous avons rencontrées, qui avaient à peine 20 ans comme Branislav et Ivana en Serbie, ont dû se cacher pour éviter les bombardements qui visaient à détruire les ponts ou les usines de traitement des eaux de leurs villes. Car, comme c'est souvent le cas, les populations subissent les conséquences des dégradations mais ne perçoivent pas nécessairement les bénéfices des projets mis en place. Nombre de projets de coopération transfrontalière, de par leur nature politique, n'arrivent pas à toucher les populations directement. Lorsque l'on part du niveau supranational, et que l'on descend l'échelle géographique, il faut une myriade d'intermédiaires avant de toucher les individus. Et plus ces intermédiaires sont nombreux, plus il est difficile de les gérer et de mesurer l'impact de leur action. Au niveau du Danube par exemple, la majorité des documents n'est pas traduite en langue locale. Or, très peu de managers de l'eau, et encore moins d'agriculteurs parlent l'anglais. Ils ne profitent donc pas des conclusions des rapports qu'ils ont pourtant participé à rédiger.












