Le dérèglement climatique condamne une tribu panaméenne à l’exil

2 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 5
Loading ... Loading ...
| 1 réponse
  • Share/Bookmark
Envoyer à un ami
envoyée par
zegreenweb
21/07/2010 03:16

Quand on évoque la question des réfugiés climatiques, on pense d'abord aux Maldiviens ou aux infortunés de l'île océanienne de Tuvalu. La montée des eaux fait néanmoins fuir d'autres personnes dans des zones que l'imaginaire collectif présumait moins exposées.


Habitats typiques et lagons paradisiaques faisaient le charme de l'île de Carti Sugdub au Panama. « Faisaient » car ce petit bout de terre devrait être très prochainement englouti par la mer des Caraïbes en raison de la destruction des récifs coralliens et du réchauffement climatique

L'île de Carti Sugdub, au nord-est du Panama, héberge quelque 2 000 indigènes de la tribu Kuna qui, vaincus par la hausse du niveau de la mer des Caraïbes et par la destruction massive des récifs coralliens alentours, vont devoir abandonner leur terre d'origine dans les prochains jours. Combinés à d'importants vents saisonniers et à une tempête en préparation, ces évolutions sont devenues suffisamment significatives pour submerger l'île. Impuissant, Pablo Preciado, chef de la tribu Kana, a constaté amèrement que « le niveau de la mer est en train d'augmenter. Le départ est imminent ». Si cet exil devient réalité, les habitants de Carti Sugdub feront malheureusement partie des premiers réfugiés climatiques de l'histoire. « Ca arrive maintenant dans le monde réel », concède, fataliste, le biologiste marin panaméen Hector Guzman.

Le gouvernement n'est pour sa part guère surpris par ce drame. Carti Sugdub fait il est vrai partie d'un archipel d'îles sur la côte nord-est du pays que les autorités considéraient déjà comme menacé depuis plusieurs années. Le changement climatique mettrait selon elles en péril la survie de l'habitat de quelque 32 000 habitants de ces territoires semi-autonomes où les tribus indigènes ont conservé un pouvoir important. Pratique traditionnelle très répandue chez les Kuna, la destruction des récifs coralliens par minage n'a par ailleurs pas contribué à améliorer la situation de cet archipel.

M. Guzman l'a épinglée il y a déjà une dizaine d'années et a cherché à prévenir la population par rapport aux risques encourus mais s'opposer à cette dangereuse habitude (néanmoins légale) est ici une véritable gageure. « Les Kuna ont augmenté la vulnérabilité des coraux aux tempêtes, à l'action des vagues et, par-dessus tout, aux conséquences de la montée des eaux », précise le biologiste. Selon les Nations Unies, l'océan aurait gagné 17 centimètres au XXe siècle et cette progression risque fort de s'accélérer, l'organisation ayant tablé une hausse du niveau de la mer comprise entre 18 et 59 centimètres pour le seul 21ème siècle, sans même inclure la fonte des glaciers antarctique et groenlandais.

643 millions de potentiels réfugiés climatiques

« C'est un phénomène auquel vous allez assister de plus en plus souvent », prédit Albert Binger, conseiller scientifique pour l'Alliance Of Small Island States (AOSIS), organisation qui regroupe 42 petits pays potentiellement en danger à cause du changement climatique. Parmi eux figurent les archipels des Maldives et de Tuvalu, dont les cas ont été médiatisés lors du dernier sommet sur le climat de Copenhague.

La montée des eaux ne concerne cependant pas uniquement des « confettis » perdus dans l'océan, comme l'atteste l'exemple panaméen, et le pire est sans doute encore à venir. Dans une étude publiée l'an passé par l'Institut International de l'Environnement et du Développement, Lester Brown a ainsi conclu que 643 millions de personnes pourraient devenir à leur tour des réfugiés climatiques. « Un des pays les plus vulnérables est la Chine, avec 144 millions de potentiels réfugiés. L'Inde et le Bangladesh suivent avec respectivement 63 et 62 millions de personnes. Le Viet-Nam en compte 43 millions, l'Indonésie 42 millions. Avec respectivement trente, vingt-six et vingt-trois millions de réfugiés le Japon, l'Egypte et les Etats-Unis figurent également dans le top 10 », décrypte le chercheur.

Aucun continent ne semble donc exempté des conséquences de la hausse du thermomètre mondial. En Afrique Mombasa (Kenya) pourrait par exemple voir un sixième de son territoire englouti par l'océan Indien d'ici une vingtaine d'années. En Europe les Pays-Bas figurent sans surprise en haut de liste des territoires en danger.

Avec l'échec du sommet de Copenhague et l'immobilisme des principaux dirigeants de la planète sur la question, ce ne sont pas « que » quelques tribus locales disséminées dans des pays lointains qui risquent d'être condamnées à l'exil mais un bon dixième de la population de l'humanité. Jusqu'à quand sera-t-il encore possible de se voiler la face ?

Plus d'articles sur www.zegreenweb.com

Crédit photo : Flickr - sanberdoo