Le Gange : rivière masala*

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envoyée par
eauzone.tv
08/07/2010 07:57

Le Bangladesh : première victime climatique. En commençant par le delta d'un des plus grands fleuves du monde, on ne peut que constater que l'eau est présente partout. Le Bangladesh est en fait le lieu où se jettent trois fleuves majeurs : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna. Tous les ans, le pays est sujet à des inondations récurrentes.

La moyenne se situe autour de 25% du territoire sous les eaux, tandis que les crues historiques, comme en 1988 ou 1998, ont englouti plus de 70% du pays. Or, d'entrée de jeu, la pression démographique est très forte : la superficie du pays équivaut à environ la moitié de celle de la France pour une population plus de deux fois supérieure. C'est le principal problème auquel doit faire face le Bangladesh actuellement. L'Inde est même en train de construire des barbelés tout autour du pays pour empêcher ces migrants climatiques de passer la frontière. Mais lors de la prochaine inondation, où iront ces millions de Bangladeshis ?

Concernant le Gange, la situation est très paradoxale. Lors de nos premiers RDV avec les organismes locaux, nous interrogeons nos interlocuteurs sur les problèmes climatiques liés au fleuve. Ils nous répondent qu'il n'y a pas assez d'eau. Nous avons du mal comprendre, avec des inondations pareilles, le pays en a trop, mais pas assez, non, ce n'est pas possible. Et pourtant... La variabilité saisonnière fait du Bangladesh un des pays les plus désavantagés par la nature. Pendant de nombreux mois, les autorités se battent pour faire face aux désastres, multipliant plans de sauvetage, abris et gestion des risques. Et 5 mois dans l'année, pendant la saison sèche, du 1er janvier au 31 mai, le pays meurt de soif. Nous leur rétorquons : « mais pourquoi alors ne pas construire de réservoirs, pour gérer le flux pendant la mousson et stocker le surplus pour les mois arides ? ». La réponse est celle à toute question : il y a trop de monde. Le pays est si peuplé que construire un réservoir entraînerait le déplacement de milliers de personnes qu'il faudrait indemniser, et le gouvernement n'en a pas les moyens. De plus, lorsque l'on observe la topographie du territoire, on se rend compte que le pays est désespérément plat, il est donc hors de question de construire un barrage. Pour faire face à ces catastrophes climatiques, le gouvernement a mis en place un système de management des désastres le plus performant au monde. Des scientifiques du monde entier viennent au Bangladesh se former sur la technologie et la logistique mises en place au niveau national.

Nous avons visité le centre de prévision et de mise en garde des inondations « Flood Forecasting and Warning Centre » à Dhaka. Le niveau des 310 fleuves et rivières parcourant le pays est contrôlé 4 fois par jour dans 286 stations de surveillance étalées dans tout le pays. 1 ou 2 fois par jour en fonction de la saison, un bulletin d'inondation est imprimé et disponible en ligne. Si le niveau atteint la barre « attention », « danger » ou « sévère », les stations locales sont averties et mettent en place des plans adéquats. (www.ffwc.gov.bd)
Le Gange n'est qu'une des 57 rivières transfrontalières partagées par le Bangladesh avec ses voisins. 53 autres sont partagées avec l'Inde et 3 avec le Myanmar.

Sur les conseils de Lionel Goujon, autre voyageur de l'eau, nous avons vu et adoré le film « Ghandi » de Richard Attenborough qui narre la biographie du petit grand homme en slip (Sorti en 1982, 8 Oscars).

Retrouvez l'intégralité de Le Gange : rivière masala, dans la Newsletter d'Entre Deux Eaux

*Le masala est un mélange d'épices utilisé dans de nombreux plats indiens, et surtout dans la préparation du fameux thé masala.