Le Jourdain. Quel fleuve plus politique, religieux, idéologique et historique que celui-là ? Au Moyen-Orient, les guerres font rage, dont nombre sont liées à la situation hydrologique de la région. Partagé par cinq pays (Liban, Syrie, Israël, Palestine, Jordanie) aux richesses en eau diverses et variées, le bassin d'un des fleuves les plus connus au monde est aujourd'hui quasiment asséché. D'où viennent ces tensions, qu'impliquent-elles, que vont-elles devenir ?
L'eau au Moyen-Orient – Etat des lieux
Le Moyen-Orient est une région relativement pauvre en eau. Alors que les États du golf s'en sortent plutôt bien, grâce à un portefeuille bien rempli, la situation est un peu différente lorsque l'on se dirige vers la Méditerranée. Les régions de Galilée et du Golan sont le château d'eau d'Israël, ainsi que de l'Autorité Palestinienne. La Jordanie, quant à elle, est moins bien servie puisqu'elle partage toutes ses principales ressources en eau avec d'autres pays : le Jourdain avec Israël, l'aquifère de Disey avec l'Arabie Saoudite, le Yarmouk avec la Syrie.
La région souffre de trois problèmes majeurs : l'évaporation puisqu'en été les températures grimpent jusqu'à 40 à 50°C, l'érosion des sols et depuis 5 ans, de fortes sécheresses.
Le Jourdain, un lourd passé
L'eau est intimement liée à l'historique de la région. Déjà au lendemain de la première guerre mondiale, le président de l'Organisation mondiale sioniste, Haïm Weizmann, adressa au Premier ministre anglais Loyd George la lettre suivante : “Tout l'avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau… Nous considérons qu'il est essentiel que la frontière Nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles, ainsi que les flancs ouest et sud du mont Hermon”. L'objectif était de garantir au futur état une autosuffisance en eau et d'éviter les conflits liés à la ressource. Cependant, en 1920, suite à la conférence de San Remo, la frontière est fixée à une trentaine de kilomètres au sud du Litani.
Consulter l'historique complet de la région.
Les projets de collaboration en cours
Le principal projet en cours, et le plus médiatisé, est très certainement le canal entre Mer Rouge et Mer Morte. Ce projet, envisagé depuis des centaines d'années, a été officialisé par la Jordanie et Israël lors du sommet de Johannesburg en septembre 2002. Les Jordaniens y voient aujourd'hui une des seules, sinon l'unique, option de répondre à leur demande croissante en eau et à la diminution rampante du niveau de la Mer Morte. Pour Israël et l'Autorité Palestinienne, le projet sert plus à appuyer un agenda politique déjà bien chargé. Au menu du jour : être reconnu pour les palestiniens comme partenaire du projet, c'est-à-dire comme pays riverain, ce qui leur permettrait de revendiquer leurs droits sur le Jourdain. Bien que le gouvernement jordanien n'émette pas de doute sur l'issue de l'étude de faisabilité en cours, reste à convaincre les compagnies privées d'investir dans le projet sue les épaules duquel pèsent de nombreux risques: attaques terroristes, mouvements tectoniques, réactions chimiques… (Pour plus d'informations sur ce projet, lire l'article « Mer en sursis »)
D'autres projets, de plus petite envergure mais non moins utiles, voient également le jour. C'est le cas par exemple du « Good Water Neighbors », projet de jumelage de communautés riveraines entrepris par l'ONG Friends of the Earth Middle East (www.foeme.org). L'objectif est d'établir des partenariats entre des communautés partageant les mêmes ressources en eau et les mêmes problématiques environnementales de chaque côté de la frontière.
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