Par Entre Deux Eaux
De manière générale, les conflits liés à l'eau sont souvent basés sur la répartition quantitative de ces eaux : qui a droit à quelle quantité d'eau et dans quel dessein ? Ainsi, nombre de processus de résolution de conflit tendent à établir un partage équitable de la ressource. L'Euphrate ou le Cauvery sont des exemples d'échecs de ces répartitions qui ont entraîné une résurgence du conflit. Dans le premier cas, la Syrie a signé deux traités bilatéraux avec ses riverains : un en amont avec la Turquie en 1987 lui garantissant 500m3/sec d'eau et un en aval avec l'Irak en 1990, s'engageant à un flux de 290m3/sec.

Bien que le traité turco-syrien lui soit favorable, le second la met en porte-à-faux vis-à-vis de chacun de ses voisins. Sur le Cauvery, les principales parties concernées sont au nombre de deux uniquement, les Etats du Karnataka et du Tamil Nadu dans le sud de l'Inde, mais le conflit n'en est pas simplifié pour autant. Un tribunal a été créé qui a rendu son verdict en 2007, ne satisfaisant cependant aucun des deux riverains.
Une répartition simple
Pourquoi n'est-il donc pas possible d'établir une répartition basée sur un équilibre entre ressource disponible et ressource nécessaire, soit une équation entre l'offre et la demande, ou dans notre cas, entre la ressource et le besoin ? Pourquoi ne pas distribuer à chaque pays un pourcentage de la ressource adapté à ses besoins qui ne lèserait pas les autres parties?
C'est ce qu'on appelle en droit international de l'eau le principe de « Bon voisinage » : un Etat partageant un bassin avec un autre Etat ne doit rien entreprendre qui soit de nature à avoir des répercussions négatives sur le territoire de l'autre Etat.

Il existe deux raisons majeures à cela :
Les ressources sont toujours inférieures aux besoins:
Dans un article intitulé “The Fallacy of ‘Augmentation', Demands on Ganga Waters », Ramaswamy R. Iyer, expert indien des ressources en eau, explique comment l'Inde et le Bangladesh ont réussi à se mettre d'accord sur le fait que leurs besoins en saison sèche étaient supérieurs au flux du Gange et que l' « augmentation » du flux était la solution. Comment peut-on en arriver à conclure que nos besoins sont plus grands que ce que la nature peut nous fournir et qu'il faut donc changer l'ordre des choses ? Selon l'expert, une véritable augmentation ne peut venir que d'un usage efficace de la ressource et de l'utilisation d'autres sources d'approvisionnement en eau. « Dans le cas des ressources naturelles telles que l'eau, les besoins doivent être abaissés au niveau de la disponibilité du flux de la rivière, pas le contraire ». En cherchant à augmenter la ressource plutôt qu'à diminuer la demande, l'équilibre est rarement atteint.
L'eau ne concerne pas que l'eau :
elle est intégrée dans un système qui comporte une multitude d'autres paramètres interdépendants : social, économique, agricole, industriel,… Jouer avec la ressource implique de modifier ces paramètres. Or, il est très difficile d'avoir une vision holistique du système. Intuitivement, il est prouvé (source : Project Management Institute) que, dans un système complexe, l'homme a tendance à prendre la mauvaise décision. Vous connaissez peut-être l'histoire des pingouins ? Un groupe d'esquimaux vit sur la banquise, majoritairement de la pêche. Voyant leurs ressources alimentaires diminuer car les pingouins se nourrissent eux aussi de poissons, ils décident d'éliminer la pauvre bête. Cependant, ce faisant, ils tuent aussi l'aliment majoritaire des orques, qui se rabattent sur les loutres. Or, les loutres ont pour fonction dans l'écosystème de manger les algues. La concentration en algues se met alors à augmenter, empêchant les poissons de se reproduire. Ce que les esquimaux pensaient à première vue être la solution la plus directe à leur problème s'avère en fait l'empirer. L'esprit humain est trop étroit pour pouvoir envisager l'ensemble des paramètres. D'où la nécessité d'utiliser des outils comme, par exemple, le management de projet. le choix des animaux est certainement erroné mais tous le monde comprendra le fond de l'histoire.
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