Ce n'est pas la première fois qu'un tel phénomène se produit dans cette mer que certains experts considèrent comme étant la plus polluée au monde.
L'image de cette marée turquoise sur fond bleu marine capturée au début du mois par le satellite ENVISAT témoigne de l'importance de cette invasion d'algues. Sa superficie frôlerait les 380 000 km², soit plus que la taille de l'Allemagne ou de la Finlande. C'est d'ailleurs entre ces deux pays que s'étalent ces algues, entre l'archipel des Åland et les côtes germaniques. Ces pollutions sont hélas monnaie courante dans cette mer peu profonde qui a fait l'objet d'un sommet spécial en février dernier.
Une marée bleue de plus
L'Agence spatiale européenne (ASE), à l'origine du satellite ENVISAT, rappelle ainsi que les algues envahissent la Baltique à peu près tous les étés. En l'occurrence c'est l'ampleur accrue du phénomène qui inquiète les chercheurs, même si des facteurs naturels pourraient toutefois l'expliquer en partie. L'absence de vent et des températures élevées sur une longue période ont en effet aggravé ce que les scientifiques qualifient de « risque majeur pour la vie marine de la région ». Reste qu'à la base ce sont encore les activités humaines qui sont les principales responsables de ce désastre écologique en formation et plus particulièrement les fertilisants utilisés dans les cultures agricoles des pays environnants, lesquels échouent pour la plupart dans la mer et enveniment d'autant plus le problème.
L'apport massif et brutal de ces nutriments conduit à ce que les scientifiques appellent l'eutrophication, phénomène qui conduit à une croissance accélérée du phytoplancton, (NDLR : des organismes marins microscopiques) et par ricochet une augmentation des besoins en oxygène, alors que les quantités présentes dans la mer ne se modifient pas. Aussi les experts s'inquiètent-ils de voir l'écosystème marin de la Baltique, déjà singulièrement fragilisé par la pollution ambiante, de nouveau déstabilisé par la disparation d'autres espèces animales et végétales. Les humains encourent également des risques pour leur santé au contact de ces algues, ce qui explique pourquoi les autorités gouvernementales finlandaises et suédoises ont déjà fortement déconseillé la baignade dans les zones où les ulves sont visibles.
Une poubelle radioactive

Quoique entourée par des pays riches (NDLR : Suède, Finlande, Allemagne et dans une moindre mesure la Pologne, la Russie et les pays Baltes), la mer Baltique est sans doute l'une des moins bien entretenues au monde. Quant aux raisons de son importante pollution, elles ne manquent pas et sont autant d'ordre industriel qu'historique. Durant la Deuxième guerre mondial elle a ainsi servi de décharge sous-marine pour des armes chimiques et radioactives. Jusqu'au début des années 2000 la Russie a en outre été régulièrement accusée de se servir de son étroit accès sur la Baltique pour s'y débarrasser de déchets chimiques. Il en a résulté une toxicité telle qu'il est fortement déconseillé aux femmes enceintes de manger des poissons pêchés dans ces eaux durant leur grossesse.
La volonté de changer cette situation diffère selon les pays. Alors que la présidente finlandaise Tarja Halonen la qualifie de « tragédie », la Russie traîne nettement plus des pieds. Et bien que l'ensemble des pays riverains de la Baltique se soient mis d'accord pour redonner à cette mer son aspect originel à l'horizon 2021, l'heure est plutôt au scepticisme vu qu'aucun levier d'action n'a pour l'heure été proposé. La construction du Nord Stream, important pipeline sous-marin entre la Russie et l'Allemagne, ne devrait pas arranger la situation. Aussi, même si cette pollution aux algues devrait disparaître ou tout du moins se réduire, on peut prédire à Mme Halonen un parcours du combattant pour nettoyer la Baltique.
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Crédit photo 1 : Photo satellite prise le 11 juillet par l'Agence spatiale européenne – ESA
Crédit photo 2 : Phatcontroller











