Avoir un jardin au naturel, c'est avant tout une nouvelle découverte, une opportunité de trouver d'autres solutions, d'autres plantes…

Lorsque nous avons ouvert Les Jardins de la Terre à Vittel, la règle était simple : pas de produit chimique ou biologique pour gérer notre jardin, il faut avant tout protéger les nappes phréatiques et laisser pure la bonne eau du dessous. Depuis 20 ans, les acteurs de la vie économique locale respectent ce pacte de bonne conduite. Il n'y avait pas de raison de déroger à la règle, et les trois hectares des Jardins de la Terre (c'est le nom que nous avons choisi !) devaient eux aussi respecter la consigne !
Au début, tout était rose, tout était beau, pensez donc, une vingtaine d'espaces répartis sur l'ensemble du parc, l'âme du jardinier et du paysagiste se réveille… en fonction des moyens, pour planter et harmoniser cette nature sauvage.
Au bout de 8 années de jardinage intensif, le jardin évolue et nous adaptons plantations et cultures à cette contrainte du zéro produit.
Il y a eu les galères bien sûr, l'année des chenilles ! Elles arrivaient de partout pour grignoter la moindre feuille ici et là. L'année de la pluie, avec une déferlante de maladies, nous nous sommes passés des tomates atteintes par le mildiou quelques semaines après leur plantation !
L'année de la grêle, le jardin était magnifique jusqu'au 7 août à 19h45 ! Là, courges, tomates et salades ont disparu sous les coups répétés des grêlons, même des arbustes en portent encore les cicatrices. Et bien sûr l'année des limaces, elles arrivaient de partout, à pied, en voiture, en avion, en famille… La méthode dite « du sécateur » qui consiste à séparer la partie avant de la partie arrière de la bestiole soulage le jardinier… mais ne calme pas l'invasion !
Pas facile de faire un jardin au naturel ???
Ca, c'est pour le coté pessimiste, mais si l'on y regarde de plus près, les avantages sont nombreux et bénéfiques.
Pour lutter contre ces satanées chenilles, nous avons installés des nichoirs à mésanges dans tout le parc. Il a fallut comprendre, observer, s'intéresser… Et depuis, la présence de ces oiseaux permet de réguler la population de parasites.
Pas de tomate, ni de légumes fragiles ? Qu'à cela ne tienne ! Nous avons bousculé nos habitudes pour découvrir de nouvelles plantes à installer dans les 1200 m² de potager !
Le tomatillo du Mexique, aussi bon en salade qu'au barbecue n'est jamais malade, il a même une fâcheuse tendance à devenir envahissant, si l'on ne sarcle pas de temps en temps. La Morelle de Balbis, dont on consomme le fruit à l'apéro comme une tomate nous aide à surveiller les doryphores. Les arroches (ancêtres de l'épinard) se développent vitesse grand V, plus vite que la consommation autorisée pour nos limaces !
Pour couronner le tout, ici ou là, les aromatiques envahissent les potagers, leur parfum gène considérablement les insectes, et si en plus vous évitez de tout planter en rang, comme d'habitude, les pauvres prédateurs sont perdus, il faudra se rabattre sur les herbes sauvages !
Coté ornement, nous avons remplacé les premiers rosiers par des variétés ADR, résistantes aux maladies. Et pour les arbustes, places aux collections de sureaux, de lilas, de petits fruits, de cotonéasters… Du solide ! Voilà ce que nous avons découvert.

Ajoutez à cela une bonne couche de paillage un peu partout, un petit coup de sarclage par endroit, de grandes surfaces de prairies fleuries, des abeilles, une saine tolérance et un changement de philosophie… Vous aurez, avec tout cela, la recette d'un jardin au naturel, et le mode d'emploi pour rendre un jardinier heureux, qui ne se prend plus la tête à préparer ses potions.
Le jardin au naturel, c'est possible, on y va doucement, progressivement, à son rythme et en fonction des opportunités… Et une fois qu'on y a goutté, on ne sait plus faire autrement !
A vous d'essayer !!!
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