Située au milieu d'une zone désertique, la mer d'Aral devait son existence à la confluence de deux fleuves, l'un venant de l'est, et traversant le Kazakhstan, le Syr-Daria, l'autre du sud, situé en Ouzbékistan, l'Amou-Daria. Ces deux fleuves alimentaient une mer grande, à l'origine, comme le Portugal.. aujourd'hui, une région entière survit au milieu de la disparition des eaux.
Dans les années 60, des planifications économiques erratiques de la part du gouvernement soviétique et sans aucune préoccupation pour l'environnement ont amené celui-ci à vouloir développer la culture du riz au Kazakhstan et du coton en Ouzbékistan.
Il fallut alors mettre en place des grands plans d'irrigation afin de cultiver 2,5 millions d'hectares de terres vierges supplémentaires. Les deux fleuves alimentant la mer furent alors maitrisés afin de prélever 60 % de leur débit pour irriguer les terres.
Ne souhaitant pas malgré cela provoquer l'évaporation de la mer, les Soviétiques décidèrent alors de détourner les fleuves de Sibérie vers l'Asie centrale pour compenser la perte en eau.
Vers la catastrophe écologique
Mais ce projet pourtant indispensable pour la survie de la mer a été abandonné en 1986, à la demande de Mikhaïl Gorbatchev car jugé trop couteux en entretien et ce, dans un contexte politique de Perestroika où la restructuration et les économies étaient jugées indispensables. La mer d'Aral s'est alors trouvée avec un déficit d'approvisionnement énorme . D'autant que les canaux d'irrigation ne sont pas étanches et perdent jusqu'à 50 % de l'eau qu'ils transportent. En 1960, la mer d'Aral recevait de 50 à 120 milliards de mètres cubes d'eau par an. Aujourd'hui, elle n'en reçoit plus que cinq à dix milliards.
De ce fait, la baisse du niveau de l'eau à partir de la fin des années 80 a transformé la région. Une lagune est apparue, coupant quasiment la mer en deux, et créant la « Grande » et la « Petite Aral ». Les cartes de la région non actualisées continuent pourtant à indiquer la présence de la mer dans des zones qui ne sont plus que du sable. Le climat lui aussi a changé, il est devenu plus sec. L'emploi massif d'engrais pour les cultures a entraîné une pollution des eaux au phosphate. Les habitants de la région, qui consomment cette eau, sont victimes de maladies rénales et de cancers. La mortalité infantile, dans la région, est quatre fois plus élevée que dans le reste de l'Asie centrale.
Les poissons ont quasiment disparu dans cette mer polluée et devenue trop salée. Seules quelques espèces réintroduites parviennent à survivre. De plus, le vent disperse le sel apparu à la surface des nouvelles terres émergées. Cela a provoqué la diminution des aires de pâturage. Des villes entières qui vivaient de la pêche sont devenues des villes abandonnées où la population végète. Les habitants qui le peuvent ont choisi de partir, tandis que le désert gagne du terrain.
Pour un plan de sauvetage efficace ?

La mer est aujourd'hui à cheval sur deux pays: le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. La frontière passe au milieu des eaux. Un plan de sauvetage global exigerait la coopération des deux pays, or les relations entre les deux gouvernements sont difficiles.
Pour augmenter le débit de l'eau remplissant l'Aral, il faudrait assurer l'étanchéité des canaux d'irrigation et diminuer les surfaces cultivées. L'Ouzbékistan, moins riche en pétrole et en gaz que ne l'est le Kazakhstan, n'est pas prêt à renoncer à la culture du coton, qui fait vivre des régions entières.
Aujourd'hui, plus personne ne croit à la possibilité de revenir à la situation des années 1960. La partie basse de la mer, la « Grande Aral », semble condamnée. Le Kazakhstan concentre ses efforts sur la « Petite Aral », qui se trouve entièrement sur son territoire. C'est ici seulement que de grands travaux ont permis d'enrayer le processus de désertification.
Le plan de sauvetage a consisté à fermer, par une digue de 30 mètres de large, la partie nord de la mer, de façon à retenir les eaux du Syr-Daria. Ainsi, le niveau de l'eau a pu monter de 12 mètres dans la « Petite Aral ». Une nouvelle digue doit permettre de monter, un peu plus au nord, le niveau de quatre mètres supplémentaires. Il faudra aussi construire un canal pour alimenter cette partie de la mer. On aura ainsi une mer d'Aral à trois niveaux, séparés par des écluses, afin de permettre la circulation des bateaux.
Les travaux entrepris par le Kazakhstan ont permis de ramener l'eau dans des zones où elle avait disparu depuis vingt ans. Cela permet, au final, de sauver une partie qui correspond à 15 % de l'ancienne surface de la mer d'Aral. Mais cela ne doit pas faire oublier que, dans le même temps, tout le reste de l'ancienne mer d'Aral, soit 85 % de la surface, reste en danger, menacé de disparition totale. Et les populations qui y vivent ont ainsi une épée de Damoclès au-dessus de la tête...
source : http://www.la-croix.com/Une-mer-fermee-victime-d-un-amenagement-mal-reflechi/article/2406953/55401











