Les services écosystémiques appliqués à la commune

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natureparif
28/04/2011 06:35

Grégoire LOÏS
Chargé d’étude, Pôle Observatoire de Natureparif


© Thibault Roland

Quelques exemples de services écosystémiques appliqués à la commune ou comment biodiversité rime avec investissement à court, moyen et long termes !

1. Une partie des espaces verts communaux transformés en prairie de fauche ?
Une zone laissée sans interventions et sans traitements ? Autant de pratiques de gestion différenciée qui permettent d’agir en faveur de la biodiversité et de bénéficier de ses services.

Des espaces laissés sans interventions et sans traitements, c’est autant d’habitats rénovés pour des espèces jusqu'ici repoussées hors de nos espaces urbains, comme les papillons par exemple. Ce faisant, vous offrez non seulement un spectacle à tous, mais aussi un laboratoire à taille humaine qui permet de comprendre tout l'intérêt de tels espaces.

C'est par exemple le lieu ou les jardiniers, souvent heurtés par ce qu'ils considèrent comme un abandon, peuvent apprendre de nouvelles techniques de gestion différenciée favorables à la
biodiversité. Ainsi au Muséum national d'Histoire naturelle, en plein coeur de l'agglomération parisienne, une expérience de ce type permet de constater in situ le rôle régulateur assuré par la biodiversité, même au sein du milieu urbain : sur une portion du Jardin des plantes, chaque année et ce pendant presque une décennie, une nouvelle friche a été créée permettant ainsi de disposer d'un jeu de parcelles d'âges distinct. On a ainsi pu constater que l'abandon de toute intervention conduisait la première année à de fortes pullulations d'espèces pionnières bénéficiant de cet arrêt brutal. Néanmoins, l'âge des friches et la diversité des plantes et des animaux croissant démontrent le rôle de cette diversité: une fois passées une ou deux saisons dominées par les pullulations, notamment de pucerons, dommageables aux rosiers environnants, une forme d'équilibre harmonieux se met en place au sein du cortège d'espèces présentes, prédateurs ou proies, producteurs comme consommateurs, justifiant ainsi l'effort réalisé en arrêtant les traitements.

Ca n'est pas anodin. Le bien-être assuré par la biodiversité, les vertus pédagogiques assurées par le spectacle qu'offre cette dernière sont incontestables. Nous en voulons pour preuve leur caractère indispensable: imaginons une ville ou village sans pelouses, arbres, jardins ou parcs. Est-ce envisageable une seconde ? Honnêtement, non. La nature, à la française ou à l'anglaise, est indispensable à notre cadre de vie, à notre bien-être. Pour preuve, dans les mégapoles, même les plus peuplées, des espaces sont réservés à la nature et à la verdure alors même que la pression et les coûts immobiliers sont démesurés.

On appelle ces services les services culturels ou récréatifs. A l'échelle d'une commune, ces services sont déjà très probablement assurés par des arbres d'alignement, des espaces verts, des jardins publics… Ces éléments, gérés de manière à favoriser le développement de la biodiversité et à diminuer les coûts d'entretien, en gestion différenciée par exemple, favorisent alors la biodiversité et ce type de gestion influe aussi sur les autres services.

2. Une mare sur votre commune? C'est plus de moustiques pour moins de moustiques !

A priori paradoxale, cette assertion ne l'est aucunement. Accueillir une mare dans un espace public, c'est parfois être accusé de favoriser la présence de moustiques. Grave erreur! Une mare est un petit monde à part entière ! La présence de moustiques garantit à terme celle de ses nombreux prédateurs qui auront à coeur de réguler larves et adultes de moustiques. Oiseaux, chauves-souris, grenouilles et autres batraciens, demoiselles et libellules pourront se développer et consommer les populations de moustiques de la mare comme toutes celles qui, alentours, se reproduisent dans une gouttière laissant un peu d'eau stagnante, sur un toit plat gardant une flaque permanente....


© S_Nazari

3. Installer une ruche ? 'C'est s'assurer d'un travail effectué gratuitement par des ouvrières spécialisées !

Une ruche sur sa commune, c'est quelques kilos de miel labélisé 'communal' mais surtout la garantie de la pollinisation de la plupart des plantes à fleurs dans un rayon de plusieurs kilomètres, des parterres communaux aux tomates-cerises cultivées par les citadins sur leurs balcons.

Ce type de service, assuré ici par une mare, là par une ruche, est des plus importants. Les scientifiques l’ont qualifié de service de « régulation ». A plus grande échelle, on connaît le rôle joué par les forêts pour piéger le carbone, par les marais pour lutter contre les inondations, les plantes et la petite faune du sol pour purifier respectivement l'air et l'eau, les espèces prédatrices pour contrôler les pullulations… Un exemple bien connu est celui de la forêt de Catskill, au nord-est de New York, dont
on a démontré que le rôle de filtration et de dépollution de l'eau a permis l'économie d'au moins 6 milliards de dollars! Cet exemple est évidemment peu reproductible à l'échelle d'une commune française. Mais les services de régulation existent aussi à plus petite échelle: favoriser l'accueil des hérissons, des coccinelles et la nidification des oiseaux dans les espaces verts permet de contrôler d'éventuelles pullulations de limaces et autres pucerons. On a pu constater que les marronniers sont
tous très malades, touchés par la pullulation d'un petit papillon récemment arrivé chez nous. Et bien, des résultats récents montrent que les mésanges n'ont pas attendu bien longtemps avant d'ajouter ce papillon à leur menu !

Encore une fois, favoriser la biodiversité, c'est aussi apporter de l'eau à son propre moulin.

4. Embellir, offrir de l'ombre ? Et pourquoi pas aussi des fruits ?
Certaines communes ont choisi pour arbres d'alignement des arbres fruitiers dont les récoltes sont à disposition de tous. Ainsi, en plus d’apporter verdure, fraicheur, confort et bien-être, ils contribuent aussi à remplir nos coupes à fruits. Le désagrément de quelques cerises ou prunes écrasées à terre est
bien vite compensé par celui de familles rassemblées autour des arbres, quand les citadins
comprennent que ces récoltes leur sont destinées !

Rien de ce qui se trouve dans notre assiette ne pourrait y être sans la coopération des espèces
contenues dans le concept de biodiversité. Les plantes, cultivées ou non, ne croissent que parce qu'un cortège de petits organismes, bactéries, nématodes, insectes et autres, rendent leur vie possible. Les animaux, domestiques ou non, sont régis par cette même règle. On qualifie ce type de services « d'approvisionnement ». Evidemment, dans une commune, on ne peut envisager de produire sur le territoire communal tout ce qui est consommé par les citadins. Mais réserver des espaces à l’installation de jardins familiaux, c'est permettre aux habitants de votre commune de produire les fruits et légumes de leur choix et, ce faisant, de se rappeler que la nature est à la base de toute notre alimentation.

5. Le compostage des déchets végétaux ? C'est aussi faire travailler des professionnels à titre gracieux

La mise en place, au niveau communal, du compostage des déchets végétaux des services d'entretien des espaces verts comme des habitants, c'est l'économie des frais que couterait d’une part l’élimination de ces déchets et d’autre part la production locale d'un fertilisant bio.

Le compostage, c'est le recyclage de la matière organique, tout simplement. Sans ce type de recyclage, la vie sur terre ne serait tout simplement pas possible pour l’homme, intoxiqué par accumulation de matière organique. Sont en jeu par exemple, l'oxygène dont on sait l'importance et le dioxyde de carbone indispensable aux plantes, l'azote sans lequel l'atmosphère ne serait pas respirable. Ce sont des services que la biodiversité assure à elle-même, des services dits 'de support'.